Perspectives Énergétiques

L’industrie énergétique canadienne à la croisée des chemins? Partie 5

Depuis une dizaine d’années, le Canada essaie d’engager une discussion à propos de l’énergie, mais nous avons toujours la mauvaise habitude d’éviter les questions difficiles. Voici quelques questions que nous devrions nous poser selon moi :

- Comment créer un débat public et honnête sur le climat et l’énergie au lieu de nier les réalités, autant sur l’énergie que sur le climat, comme nous le faisons depuis les 30 dernières années et que nous continuerons peut-être à faire également dans la prochaine décennie?

- Comment nous adressons-nous aux consommateurs intolérants pour qui même des prix bas (actuellement) du pétrole et du gaz naturel ne sont jamais assez bas, et qui jugent que le fait de régler le difficile problème des gaz à effet de serre n’est pas primordial? Comment surmontons-nous la résistance des consommateurs face à l’augmentation des prix qui est inévitable à cause des réductions réellement drastiques des émissions de gaz à effet de serre?

- Que pouvons-nous faire pour freiner les ardeurs des parties prenantes qui doivent patienter? Même si le prix mondial du pétrole et du gaz revient à la normale, la structure des coûts élevée et inhérente au Canada, mais aussi les nombreux problèmes relatifs aux futurs coûts marqueront la fin du faste. De nombreuses parties prenantes et de contribuables canadiens semblent avoir manqué le départ et les attentes restent grandes en ce qui concerne les revenus, les profits, et leur partage.

- Comment gérons-nous les mesures rectificatives nécessaires en respectant le rôle des citoyens et des communautés locales lorsque nous déterminons notre futur énergétique? Les communautés et les citoyens doivent s’investir plus pleinement et plus efficacement, mais, en même temps, nous devons respecter les négociations de la Confédération. Et nous devons garder l’approbation du peuple et les processus de régulation qui reconnaissent qu’il y aura quelques perturbations inévitables du paysage et quelques risques, et donc le besoin de transporter de l’énergie sur de grandes distances, d’attirer des investisseurs et d’achever les exploitations en temps voulu.

- Comment créons-nous des processus de politique et de planification efficaces, à l’échelle urbaine et régionale, qui sont essentiels pour résoudre de nombreux problèmes? Ces processus sont compliqués en soi lorsqu’ils sont appliqués à une économie de marché et font face aux normes culturelles canadiennes. La faible tolérance au risque, les communications par Twitter à haut débit, et la réactivité en neuf secondes du monde actuel ne semblent pas rendre la chose plus facile.

Nous parlons beaucoup d’innovations, mais les étapes nécessaires pour mobiliser l’innovation de l’espace énergétique canadien, financer cette activité et s’assurer que le Canada est un créateur de technologie, non pas un simple utilisateur de technologie au milieu d’un monde énergétique émergeant, sont loin d’être claires.

L’électrification intense, un processus qui est probablement essentiel pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à moyen et long terme, pose aussi quelques problèmes, car elle produit des gagnants et des perdants, et les Canadiens n’aiment pas ce type de conversation.

L’environnement politico-économique du développement énergétique n’a jamais été aussi difficile. Des sources de risque se sont multipliées car les communautés locales et les gouvernements se rendent de plus en plus coupables, et cela ne va pas se résoudre rapidement.

Mais rebâtir la confiance du peuple dans les institutions publiques, maintenir la confiance des investisseurs dans les ressources énergétiques canadiennes, réduire les émissions de gaz à effet de serre et progresser vers la pointe de la technologie sont des objectifs qui sont en réalité mutuellement compatibles, à partir du moment où nous approchons leur faisabilité avec logique et réalisme, grâce à des politiques volontaristes et dans un cadre temporel adapté.

Pour trouver la bonne voie, cela nécessitera un certain courage politique et, en ce sens, un débat public plus serein et moins volatile.

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