Perspectives Énergétiques

Énergie essentielle : partie I

Le Dr Poruks est le responsable des Affaires réglementaires de l'Association nucléaire canadienne. Il est titulaire d'un doctorat en métallurgie de l'Université Queen’s et possède 13 ans d'expérience dans l’industrie nucléaire où il a occupé différents postes dont en R et D, en exploitations et ingénierie.

Le film La guerre du feu (Quest for Fire) est sorti en 1981. Il se déroulait à l'époque préhistorique et présentait un trio d’Homo sapiens lancés dans une épique quête du feu. Leur tribu était capable de capturer le feu après un coup de foudre, mais ils ne savaient pas comment faire du feu. Après avoir repoussé l’attaque d'un groupe rival et avoir été pourchassé par des loups dans les marécages, le feu soigneusement gardé par la tribu s’est éteint. Ainsi, trois éclaireurs aventureux partent en quête d’une nouvelle source de feu, et, en cours de route, rencontrent des tigres à dents de sabre, des mastodontes et des rivaux meurtriers.

Bien qu’aujourd'hui cela puisse paraître étrange de prendre de tels risques, cela devient plus compréhensible quand on considère que la maîtrise du feu était littéralement une question de vie ou de mort. Le feu les réchauffait, les éclairait dans l'obscurité, cuisait leurs aliments, les rendant plus nutritifs et éloignait les créatures dangereuses. Bien avant l’apparition de l’écriture ou d’un langage avancé, les humains risquaient tout pour accéder aux énergies. La connaissance des énergies, et surtout notre capacité à les exploiter, est une particularité de la condition humaine.

En effet, la quête humaine du feu s’est intensifiée. Nous avons monté des barrages sur les rivières et inondé des milliers de kilomètres carrés de terres arables. Nous avons déboisé de vastes étendues de l'Europe et du Moyen-Orient, coupant du bois pour satisfaire notre insatiable et croissant appétit énergétique. Aujourd'hui, nous brûlons des milliards de tonnes de charbon, de pétrole et de gaz naturel, tout en émettant des gaz à effet de serre qui modifient le climat. 

C’était bien la peine d’échapper aux tigres à dents de sabre; on est sortis de la casserole pour mieux sauter dans la poêle à frire! Nous avons radicalement modifié les paysages originaux et désormais il semble que nous nous dirigions irréversiblement vers un changement climatique et un réchauffement planétaire.

Et pourtant, la seule réduction de la consommation énergétique n'est pas une réponse suffisante. Certes, la préservation et le rendement ont un rôle important à jouer. Mais l'énergie apporte un avantage incroyablement positif dans nos vies et nous ne devrions pas nous en séparer. L'histoire a montré qu’une croissance régulière de la qualité de vie était directement liée à une croissance régulière de la densité d'utilisation de l’énergie. Les sociétés les plus avancées – les pays avec les meilleurs systèmes de santé, une alphabétisation généralisée, une gérance de l'environnement, une production industrielle et des biens de consommation de luxe – sont précisément des pays qui ont une consommation énergétique intensive.

Je suis un partisan convaincu de la capacité des sciences et technologies à exploiter l'énergie de manière constructive et de s’en servir pour améliorer notre monde. Nous pouvons facilement trouver des informations et des débats sur les inégalités financières, comme les Rallyes Occupy de 2012, mais les écarts énergétiques entre populations sont tout aussi frappants et je ne crois pas qu’ils soient aussi bien connus. Comme pour les héros de La guerre du feu, l’accès à l'énergie reste une question de vie ou de mort pour des milliards de personnes. L’énergie apporte l'eau potable, la lumière, la chaleur, l’hygiène, les cultures et la cuisson des aliments. Elle soutient tous les aspects de chaque activité que nous entreprenons. Ce serait une grande injustice que de condamner des milliards de personnes à la pauvreté alors que nous sommes dotés de multiples technologies produisant l'énergie nécessaire pour répondre à leurs besoins. La question n'est pas « si » mais plutôt « comment » le faire de manière équitable et durable.  

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