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Parlons Énergie avec... Stéphane Germain, GHGSat

La pollution de l’air constitue le risque environnemental le plus grave pour la santé dans le monde. La société montréalaise GHGSat a mis au point un outil innovateur pour s’attaquer à ce problème. Le nanosatellite conçu par la société, dont le lancement est prévu en 2015, permettra de mesurer les sources d’émission n’importe où sur la planète. Comme l’explique Stéphane Germain, président de GHGSat, une fois en orbite, le satellite transmettra aux entreprises les données dont elles ont besoin pour contrôler et réduire leurs emissions.       

Chaque année, sept millions de personnes meurent des suites de leur exposition à la pollution atmosphérique et 90 % de la population urbaine vit dans des villes qui ne répondent pas aux normes de qualité de l’air de l’Organisation mondiale de la santé. Il devient urgent de mieux interpréter la qualité de notre air, notamment les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Quels seraient les avantages de savoir exactement quelles émissions ont des répercussions sur notre environnement local à n’importe quel moment? Trouverions-nous de nouveaux moyens de les gérer? Grâce à la technologie que nous avons mise au point à GHGSat, les installations industrielles pourront surveiller plus étroitement leurs émissions, qu’elles émanent de sources précises comme des torches de brûlage ou de zones plus étendues comme des bassins de décantation, n’importe où dans le monde, sans avoir besoin de se doter d’un équipement sur place

Balayage des empreintes spectrales       

Comme différents gaz absorbent la lumière à des longueurs d’onde différentes, chaque gaz possède sa propre « empreinte » dans le spectre électromagnétique. Nous construisons un nanosatellite (environ de la taille d’une grosse mallette) qui peut détecter ces empreintes spectrales et, une fois qu'il les a trouvées, calculer la quantité de gaz à un endroit donné et en tout temps.

  

Le nanosatellite de GHGSat fera le tour de la Terre toutes les 90 minutes, balayant la surface de la planète chaque jour.

Google Maps pour les émissions de GES       

Les données que nous saisissons seront présentées de manière assez semblable à ce que l'on voit sur Google Maps, mais contrairement à cette application qui effectue un zoom avant sur des bâtiments précis, une utilisation de « cartes thermographiques » superposées permettra d’indiquer les concentrations de dioxyde de carbone, de méthane et d'autres gaz autour d'une structure, qu’il s’agisse d'une résidence ou d'une installation industrielle.

Nous pouvons ajouter de multiples couches de complexité à l’imagerie satellite. Par exemple, si vous observez un nuage de fumée sortant d’une usine de fabrication, nous sommes en mesure de calculer le volume réel des émissions au moment où le satellite a survolé l’usine en fonction de la concentration, de la dispersion et de la direction des vents. Nous pouvons également établir une corrélation entre les niveaux de dioxyde de carbone et de méthane afin de déterminer si la source des émissions est naturelle ou d’origine humaine.

Après avoir traité les données, GHGSat offre aux clients une « carte thermographique » indiquant le volume d'émissions, comme celles de dioxyde de carbone et de methane.

Proposer à l’industrie des données pour lui permettre de prendre des décisions plus éclairées       

L’un des avantages certains de notre solution est que nous pourrons accoler des chiffres réels à des situations pour lesquelles il n’y a actuellement que beaucoup d’incertitudes, comme dans le cas des sables bitumeux. Certains de nos clients de l’industrie veulent réellement en savoir le plus possible sur la nature de leurs émissions, qui sont difficiles à quantifier à partir de sources telles que des bassins de décantation. En établissant de façon économique un lien entre ces émissions et des données réelles, les entreprises peuvent prendre des mesures pour mieux gérer leurs émissions et possiblement réduire les répercussions de celles-ci sur la qualité de l'air.

Il en va de même pour les puits de fracturation hydraulique, les sites d’enfouissement, les centrales électriques et les mines de charbon. Nous pourrons mesurer les émissions d’un grand nombre d'installations industrielles pour lesquelles il est difficile d’obtenir des données précises à un coût raisonnable.       

Ce qui s’en vient       

Le lancement étant prévu pour la fin 2015, nous amorçons maintenant la phase d’essais du satellite. Si le rendement de l’équipement est conforme à nos calculs techniques, nous pourrons transposer à l’échelle mondiale ce qui est fait localement aujourd’hui au moyen d’un équipement spécial placé sur le sol, dans un camion ou dans un avion pour mesurer les émissions d'une seule installation. Actuellement, aucune autre technologie ne peut y arriver. Si le satellite fonctionne aussi bien que nous le pensons, il pourrait s’imposer comme la nouvelle norme en matière de surveillance mondiale des emissions.       

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