Coin techno énergie

Parlons énergie avec… Steve Fabijanski, Agrisoma Biosciences

À mesure que les gouvernements s’engagent à accroître l'utilisation des biocarburants, un approvisionnement en matières premières durable et économiquement concurrentiel sera requis pour répondre à la demande. Nous avons parlé à Steve Fabijanski, président et chef de la direction d’Agrisoma Biosciences, de la façon dont son entreprise a mis au point une huile de plante oléagineuse non alimentaire qui peut pousser dans des sols peu productifs tout en permettant d’obtenir des récoltes plus abondantes d’une huile de plus grande qualité qui répond aux besoins des producteurs de biocarburants

Comment décririez-vous votre technologie?

SF : Nous avons amené la culture de la moutarde d’Abyssinie (Brassica carinata), une plante qui produit de l’huile à partir de ses graines, à une échelle commerciale. Nous avons ensuite travaillé avec les producteurs de biocarburants, y compris du carburant pour moteur à réaction, pour transformer cette huile en biocarburant d’une qualité telle qu’un avion peut voler sans autre carburant que celui-là.

Les détails pratiques de la façon qui permet d’obtenir ce biocarburant sont trop difficiles à expliquer, mais nous avons mis au point un moyen pour les agriculteurs d’utiliser terres marginales qui ne se prêtent pas à d’autres cultures pour cultiver une plante qui peut répondre aux besoins en énergie de notre pays.

Quelle est l’importance de la semence que vous avez développé ? 

SF : L’agriculture est le système original de stockage du CO2. Elle se sert du soleil, du dioxyde de carbone et de l’eau pour produire les aliments que nous mangeons et, maintenant, l’énergie pour alimenter notre vie quotidienne. Nous faisons la démonstration que nous pouvons y parvenir d’une manière durable qui sera profitable pour les agriculteurs, les sols, l’environnement et, finalement, tous les Canadiens sous la forme d’une énergie et de transports plus propres. Une conséquence très importante à cela est une diminution des émissions de gaz à effet de serre. 

Comme cette culture convient particulièrement bien à des conditions semi-arides, elle ne prend pas la place de cultures vivrières. Et c’est là la clé : nous offrons une source d’énergie de remplacement qui peut être produite dans tant d’endroits différents. 


La semence Carinata spécifiquement conçue par Agrisoma produit plus d’huile de grande qualité à la base de biocarburants haut de gamme que des matières premières semblables.

Votre entreprise est très centrée sur l’agriculteur. Pourquoi? 

SF : Les agriculteurs sont les environnementalistes par excellence : ils ont travaillé la terre et l’ont préservée depuis des générations. En leur proposant une technologie qui les aide à améliorer la façon dont ils gèrent leurs terres tout en gérant des cultures de meilleure qualité, nous avons réalisé quelque chose d’énorme.

Quel a été votre plus gros défi?

SF : Convaincre les gens qu'une plante qui pousse sur la ferme peut répondre aux besoins énergétiques des Canadiens. Ils ne sont pas nombreux à savoir que les agriculteurs ont une excellente possibilité de satisfaire de façon durable et propre à une grande partie de nos besoins en énergie. Nous nous sommes surtout consacrés à faire la démonstration qu’il ne s’agit pas d’un rêve chimérique, mais d’une réalité. 

Quel est l’aspect le plus génial de ce projet?

SF : Tenir dans votre main une petite quantité de graines et savoir que dans 120 jours elles deviendront de l’huile, et quelques jours plus tard, un biocarburant qui pourra propulser un avion. Vous tenez dans le creux de votre main la source de combustible future de l’aviation, du camionnage et du transport public. De la graine jusqu’au ciel, il n’y a qu’un pas!


Regard vers l’avenir

Après avoir permis de réaliser au début de 2013 le premier vol ayant recours à 100 pour cent à un biocarburant renouvelable, Agrisoma Biosciences travaille à accroître davantage le rendement de ses graines et la capacité de ces dernières à pousser dans des conditions difficiles. Les agriculteurs canadiens pourront ainsi augmenter leurs revenus et la technologie pourra éventuellement être vendue sur les marchés internationaux. 

« Nous sommes essentiellement une entreprise agricole. Nous croyons fermement que toute cette chaîne de valeur prend sa source dans notre connaissance des agriculteurs et notre collaboration avec eux. À titre d’industrie, l'agriculture a la capacité de fournir de l’énergie à une échelle que la plupart des gens ne peuvent même pas imaginer » avoue M. Fabijanski.

comments powered by Disqus