Perspectives Énergétiques

Que devraient apprendre nos enfants sur l'énergie?


Cet article de blog a été publié en anglais dans le journal «Calgary Herald» le 4 décembre 2013.

Gareth Thomson est directeur général de l’Alberta Council for Environmental Education, un organisme sans but lucratif dont la mission consiste à travailler en collaboration avec d’autres entités pour faire progresser l’éducation écologique en Alberta. Il possède une expérience de 24 ans dans ce dernier domaine; il a par ailleurs enseigné au niveau secondaire, siégé au conseil municipal de Canmore et fait partie du jury décernant les Emerald Awards de l’Alberta. Il détient un diplôme en génie, une maîtrise ès sciences en géologie environnementale et un brevet d’enseignant.

Vendredi dernier, j’ai entendu aux nouvelles que certains étudiants et parents avaient signé une pétition demandant aux enseignants de ne pas se servir du nouveau programme « Energy IQ » annoncé dans Canadian Geographic. Ils prétendent que ce programme, financé par l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP), accorde trop d’importance à la demande et à la production d’énergie, sans dire grand-chose sur les effets de la production et de la consommation d’énergie sur l’environnement, par exemple les changements climatiques.

Cela m’a fait réfléchir. Que DEVRAIENT apprendre nos enfants sur l’énergie?

L’éditorialiste en chef du Herald m’a parlé récemment de l’école de ses enfants qui envisageait de présenter le film d’Al Gore, « The Inconvenient Truth » (Une vérité qui dérange), sur les changements climatiques. Quand les parents ont demandé à l’école de montrer aussi un autre film exposant un point de vue très différent sur les changements climatiques, l’école a décidé de ne faire voir aucun des deux films. On peut supposer qu’elle a opté plutôt pour quelque chose de sûr et de non controversé, les mathématiques, par exemple.

Les cas de ce genre me font bondir. Les enfants de l’Alberta devraient recevoir une éducation complète sur les questions énergétiques. Ils doivent améliorer leurs connaissances sur ce sujet et parvenir à mieux comprendre d’où notre énergie provient et comment elle se rend jusque chez eux. Ils doivent comprendre les conséquences de notre passion pour l’énergie : notre mode de vie enviable en dépend, elle risque d’engendrer des défis sociaux de taille et elle a des incidences sur l’environnement.

Devrions-nous exposer nos petits chéris aux défis que posent les questions environnementales? Bien sûr! Quand ils regardent à l’extérieur de la fenêtre de leur autobus scolaire, ils voient des chevalets de pompage ou des lignes de transport d’électricité, ou peut-être tout simplement leurs confortables résidences de banlieue, toutes créées ou soutenues à même des sources d’énergie. Puis, aux nouvelles de 18 h, ils écouteront des reporters outrés dénoncer les pipelines ou expliquer comment les tempêtes plus violentes sont dues aux changements climatiques, ou encore dire que l’espèce d’oiseau le Tétras des armoises est menacé d’extinction en Alberta à cause de la production pétrolière et gazière. Beaucoup parmi eux éprouveront une dissonance cognitive, état qui se produit chez quiconque essaie de faire coexister deux notions contradictoires dans son cerveau : pouvons-nous effectivement conserver ce mode de vie enviable soutenu par l’énergie ET protéger l’environnement en même temps?

Les enfants ont besoin d’aide pour répondre à cette question et pour éviter de sombrer dans les sentiments de culpabilité, de désespoir ou d’impuissance que de nombreux adultes ont ressentis au sujet de l’environnement. Nous rendons aux enfants un gigantesque mauvais service si nous ne les laissons pas s’aventurer dans le glorieux monde embrouillé des dilemmes environnementaux qui surgissent au sujet de l’utilisation de l’énergie, qu’il s’agisse des changements climatiques, de la perte de biodiversité, etc. Les enfants comprendront vite que nous, les adultes, n’avons pas toutes les réponses, ou, plus précisément, que nous proposons des réponses différentes aux questions qui se posent à nous, car nous avons des valeurs différentes qui nous amènent à différents points de vue.

Telle est la nature d’un problème, et les enfants méritent de l’apprendre. Nous devons enseigner aux enfants comment penser, et non pas quoi penser. Les enseignants doivent expliquer le programme « Energy IQ » aux élèves, de manière qu’ils puissent découvrir, tout comme moi, qu’ils ignorent beaucoup de choses au sujet de l’énergie. Dans le domaine des communications, le média, c’est le message. Or, les enseignants doivent aussi amener les enfants à se demander pourquoi les auteurs du programme financé par l’ACPP ont consacré tant d’importance à l’énergie et si peu à ses effets; ils doivent ensuite créer une leçon présentant les partis pris de façon équilibrée en enseignant aux élèves ce que les changements climatiques sont en utilisant d’autres ressources pédagogiques, puis inviter les élèves à réfléchir d’un point de vue critique en cherchant à repérer les partis pris dans ces ressources également.

Les leçons de ce genre se terminaient autrefois par la question ouverte suivante comptant parmi les plus étonnantes qui soient : « Alors, quelle est VOTRE opinion à ce sujet? » Cependant, nous sommes en 2013, et le nouveau cursus de l’Alberta crée, enfin, un espace libre fort précieux pour permettre aux élèves de mettre effectivement en pratique les connaissances qu’ils ont acquises. Par conséquent, la dernière question est nouvelle : « Quelle est votre opinion à ce sujet, et qu’allez-vous faire pour remédier au problème? »

Judicieusement dispensée, l’éducation sur l’énergie favorise un apprentissage du monde réel qui aide à faire des élèves des citoyens bien informés et sérieux dont les actions contribuent à créer le monde où ils vivront. C’est ce que les élèves veulent et c’est ce qu’ils méritent. Et il y a un boni : une éducation de ce genre aide à procurer à l’Alberta ce que nous cherchions tous : le permis social d’aller de l’avant.

Source: http://abcee.org/home/what-should-our-kids-learn-about-energy/ 

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