Perspectives Énergétiques

L’industrie énergétique canadienne à la croisée des chemins? Partie 3

Explorons un second facteur qui façonne notre future énergétique : le climat et le carbone.

Presque trente ans après l’émergence du débat sur le climat, les discussions publiques sur l’énergie et le climat continuent comme si elles se passaient sur des planètes différentes. Au niveau international nous avons, d’une part, des prévisions de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui prévoit une croissance de 16 pour cent des émissions entre 2013 et 2040. D’autre part, les mêmes gouvernements membres de l’AIE ont joyeusement adopté comme objectif le maintien d’un réchauffement de 1,5 degrés Celsius d’ici 2050, ce qui signifie une réduction drastique des émissions mondiales accompagnée d’une diminution de la demande en charbon, en pétrole et même en gaz naturel.

Il est très rare d’avoir une conversation dans laquelle ces deux réalités se croisent. Au Canada, cette déconnexion est aussi grave, voire pire.

D’une façon quelque peu rafraîchissante, les ministres canadiens de l’Environnement semblent faire les liens nécessaires, notant que derrière la tendance globale des émissions canadiennes existe une croissance implicite (quoique modeste), et non pas un déclin. Ce que les ministres de l’Environnement n’ont pas dit, c’est que pour atteindre les cibles nationales de 2030, il faut changer de trajectoire, ce qui est probablement impossible quel que soit le contexte. Au strict minimum, le Canada devrait adopter très rapidement une politique d’action d’envergure beaucoup plus importante que celles mises en place par l’Ontario durant son élimination du charbon, ou celles qui ont été déployées par la Colombie-Britannique et l’Alberta avec les taxes carbones.

Qu’est-ce que ça signifie pour les producteurs d’énergie canadiens? Ça dépend.

Si les gouvernements trouvent la volonté politique d’agir proportionnellement à leurs aspirations et leurs engagements, nous pouvons nous attendre à une augmentation radicale du coût du carbone, soit directement par l’augmentation du prix du carbone soit indirectement par des régulations. Sommes-nous prêts à dire aux consommateurs que les prix de l’énergie augmenteront de 50 à 100 % ou plus à partir de demain, afin de respecter nos engagements de 2030 sur les gaz à effet de serre? Et sommes-nous prêts à absorber ou à réduire les effets sur les industries à forte consommation énergétique qui sont déjà sujettes à la pression des coûts et à la concurrence mondiale?

Il est plus probable que nous continuerons à tergiverser et que cela créera de gros risques qui s’ajouteront aux effets déjà pernicieux de la faible confiance publique en ce qui concerne l’industrie de l’énergie et les décideurs politiques.

Ce qui m’amène au facteur suivant. La confiance du public, ou le « permis social », est devenue la question du jour dans les cercles énergétiques canadiens.

Dans un de mes passages préférés de Yes Minister, Humphrey dit qu’une fois que les gens commencent à parler de quelque chose, il ne faut pas longtemps avant qu’ils commencent à y penser. Il se peut que nous soyons bien au début de notre réflexion sur la question de la confiance du public, mais nous avons du chemin à faire.

Les anciennes pratiques devaient changer. Les communautés canadiennes avaient clairement atteint un niveau où elles ne pouvaient pas accueillir de projets énergétiques de manière passive, que ce soit des oléoducs, gazoducs, câbles électriques, centrales électriques (de tout type), ou des exploitations de pétrole et de gaz. Mais cette correction des besoins risque de provoquer une déroute dans lequel les « communautés » de toute sorte deviennent les donateurs de « permis », quelle qu'en soit la définition, et l’autorité octroyant traditionnellement la permission, c’est-à-dire les gouvernements et les organismes de réglementation, est réduite comme observatrice ou comme étape parmi d’autres sur le long chemin d’un avenir jonché d’aléas.

Pendant ce temps les tendances motrices du Canada semblent s’accroître.

Les dirigeants provinciaux et municipaux dans une grande partie du Canada se prononcent sur les infrastructures énergétiques qui semblent contredire la constitution canadienne de 1867. Et si la négociation de la Confédération canadienne contenait une clause qui ressemblait à cela?

« Tous les articles venant de la croissance, production, ou de la fabrique des provinces doivent, à compter de l’Union, être acceptées dans toutes les autres provinces. » (Implicitement, une telle clause garantirait un transport interprovincial égalitairement dépourvu de toute entrave.)

Eh bien, il s’avère que nous possédons une telle clause, mais personne ne pense qu’elle soit toujours d’importance.

Si toutes les provinces et toutes les « communautés », dont les quelques centaines de gouvernements de Premières nations, se retrouvent avec un droit de veto contre les projets énergétiques, alors nous pouvons difficilement continuer à nous considérer comme un pays. Et du moins jusqu’à maintenant, la plupart des débats et des déclarations politiques ont renforcé ces tendances.

Notre défi est de restaurer la confiance du peuple au sein des institutions qui permettent à ce pays de fonctionner, en commençant par la constitution, mais sans s’arrêter là.

La déclaration du gouvernement fédéral sur les mesures temporaires qui respectait les autorisations énergétiques était sûrement l’antidote nécessaire contre les voix de l’opposition contre l’Office national de l’énergie.

Le plus grand problème est le besoin de reconstruire la confiance au sein de la structure institutionnelle dans sa totalité, à la fois dans les provinces et au niveau national, et de faire ceci tout en conservant des processus fonctionnels et efficaces. Tous les régulateurs énergétiques du Canada le savent et la plupart d’entre eux travaillent dur pour trouver des solutions.

Mais nous devrions relativiser. Bien qu’il faille faire beaucoup pour améliorer le système, il est aussi vrai que les régulateurs canadiens sont vus par les autres régulateurs du reste du monde comme des modèles à imiter. Dire que le système régulateur est fondamentalement « cassé » est tout simplement faux, même si une partie du discours publique suggère le contraire.

En tout cas, pour les temps à venir, la plupart des processus décisionnels sur l’énergie seront plus lents, plus chers et plus incertains.

Mais le monde n’est pas en train de ralentir, et le monde des changements technologiques non plus. Et c’est sur ce quatrième facteur que je voudrais aborder.

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